Grammaire wallonne en ligne
Li waibe del croejhete walone
Sous-sections
L'alphabet
L'alphabet de l'orthographe wallonne comprend
26 lettres, les mêmes qu'en français: a, b,
c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y,
z.
Le nom des lettres est le même qu'en français, sauf w qui
s'appelle wé (anciennement doble u) et y qui
s'appelle î gréc ou yod.
Remarques:
a) Le q n'est pas utilisé
dans certaines variantes du système de transcription Feller, ni dans
l'orthographe normalisée. Il est remplacé par k ou
c selon les cas: ki ou qui (que),
cwand ou qwand, cand ou quand
(quand), pratike ou pratique (pratique), etc. Voir
ci-dessous k.
b) Le x n'est normalement pas utilisé
dans le système de retranscription Feller. Par contre, il l'est en
orthographe rénovée. Voir ci-dessous x.
c) Certaines variantes de l'orthographe Feller utilisent un
n en exposant pour noter un i nasalisé (bîn, bien, rîn, dans le Centre et en niv.) ou
un o mi-nasalisé (rônze, rose, cônp, coup, èvônye, parti en brab.).
Les signes diacritiques
Les signes diacritiques utilisés sont les accents aigu
(é, É), grave (è, È), rond (å,
Å) et circonflexe (â, Â, ê, Ê, î, Î, ô,
Ô, û, Û).
Certaines variantes du système de transcription Feller utilisent
aussi: à, À (à, là, dèdjà), ù
(èwoù), ì (ptìt). Mais on écrit le plus
souvent la (là), dedja (déjà), a (à),
ewou (où). ì n'est pratiquement jamais utilisé en
dehors des ouvrages scientifiques (voir ci-dessous i).
Dans certains dialectes, on utilise aussi le tréma: ë
(lë ptët, le petit; brab., Bertrix), ö
(röze, rose; chestr.); voir à ces lettres ci-dessous.
Les graphèmes
L'orthographe normalisée est fondée sur la notion d'une notation de
variables , c.-à-d. des unités abstraites
structurant la langue et pouvant se réaliser en différentes variantes. Ces
variantes peuvent être:
- phonétiques: côp (coup) se réalise
,
,
, etc. (transcriptions phonétiques
Feller: côp, cô
p, cônp, cöp, coûp, cōp, etc.).
- phonologiques: pexhon se réalise
ou
(transcriptions phonétiques Feller:
pèchon, pèhon);
- dialectales: novea se réalise
ou
(transcriptions phonétiques Feller:
novia, novê, nové).
Chaque variable a une représentation graphique typique, appelée graphème et
utilisée dans le classement ci-dessous.
Comme dans toute langue écrite, certains sons identiques peuvent
apparaître comme réalisations de variables différentes (p. ex.
in
comme réalisation de én et de
in).
Proposer un système de variables pour une langue, rendant compte des
principales variantes phonétiques, phonologiques et dialectales, est
un exercice forcément quelque peu arbitraire: la classification
présentée ci-dessous n'est donc pas à considérer comme «le» système
des variables du wallon mais comme une des manières possibles de
structurer la plus grande partie de la diversité phonétique
observable.
Les lettres précédées d'un astérisque sont des graphies utilisées
dans le système de transcription Feller mais pas dans l'orthographe
normalisée.
Exemples: gade (chèvre), il abata (il abattit).
Prononciation: comme en français.
Voir aussi â, å, au/ô, an.
Exemples: diâle (diable).
Prononciation: a long.
Ce phonème est assez rare en dehors de la réalisation
de å ou de la réalisation
de a dans
certaines régions et dans certains contextes phonétiques, notamment
devant
en nam.: (transcr. Feller) mwârt (mort),
pwârter (porter). Voir oi.
Exemples: påsse (pâte), å (au), djåzer (parler).
Réalisations et transcr. Feller:
- CW: son
écrit au: pausse, au,
djauzer.
- OW: son
souvent écrit ô:
pôsse, ô, djôzer.
- SW: sons
ou
écrits au et
â, respectivement, parfois å pour les deux
réalisations: pausse, pâsse; au, â; djauzer,
djâzer.
Utilisée d'abord en région liégeoise pour noter un son intermédiaire
entre
et
, comme dans l'anglais
law, la lettre å est aussi assez fréquemment utilisée en
dehors du liégeois pour noter des mots comme lård (lard),
djåzer (parler), cåzer (parler), tåte (tarte,
tartine), påsse (pâte), qui sont identiques dans toute la
Wallonie, si ce n'est que le å se prononce comme ô ou
au dans la plupart des régions (laurd, djauzer, cauzer,
taute, pausse ou lôrd, djôzer, côzer, tôte, pôsse, etc.),
comme â dans certaines régions ardennaises et à Seraing
(lârd, djâzer, câzer, tâte, pâsse, etc.) ou avec un son
intermédiaire en liégeois.
Outre ces prononciations, en SW, CW et OW, cette lettre est
généralement prononcée â (ou plus rarement ô) dans les
suffixes récemment empruntés au français: abôminåcion
(horreur), capåbe (capable), etc.
Formes de référence: dans cette grammaire, on utilisera
systématiquement å pour représenter ce phonème wallon qui peut
se prononcer â, ô ou entre
les deux selon les régions.2.1 Voir
cartes p.
.
Exemples: plaece (place), glaece (glace), passaedje
(passage).
Prononciation: comme a à Charleroi et Namur; comme è à Liège et en
Ardenne; le suffixe -aedje se prononce -âdje en OW.
Transcr. Feller: écriture phonétique, donc a (place, glace,
passadje), â (passâdje) ou è (plèce,
glèce, passèdje), selon la prononciation.
Remarque: ä est la graphie conseillée par la Commission de Normalisation de la
Langue de l'UCW. ae n'est qu'un équivalent sans tréma.
-->
Exemples: maisse (maître), i fwait (il fait).
Cette variable est prononcée un peu plus ouverte en EW, CW et SW (
) et un peu
plus fermée en OW (
).
Utilisation des variantes graphiques dans le système de transcr. Feller:
aî n'est utilisé que par les auteurs namurois (maîsse, i faît). La
tendance est plutôt d'écrire ê en EW et SW (mêsse, i fêt)
et é en OW (mésse, i fét).
Forme de référence: dans cette grammaire, nous utiliserons
systématiquement ai, ce qui permet de diminuer considérablement le
nombre de signes diacritiques. Cette graphie ai n'est utilisée que par
référence à l'étymologie ou, si l'on préfère, à l'analogie avec le français. Dans les
autres contextes, le même son
peut s'écrire e (voir cette lettre).
Opposition avec
: messe
maisse (messe,
maître), braes
brait (bras, crie), etc.
Voir ai.
Exemples: Djan (Jean), blanc (blanc).
Prononciation: comme en français.
Théoriquement, le son
s'écrit toujours an et jamais
en, ni aon: ampire (empire). En transcr. Feller, certains auteurs
privilégiant l'analogie avec le français utilisent parfois en:
empîre.
Chez les jeunes ou les néo-locuteurs, on constate une tendance de plus
en plus marquée à remplacer les an par des
in: kind pour
quand (quand), diminder pour dimander
(demander), tchinter pour tchanter (chanter), etc. Ex.
lit.
- OW: Fuche bourré pou pogotter / Ou t'amuser ou bé dinser
(...). (SLUGS, Birthday) [pour danser].
- CW: C'est quind minme pu aujie / Quind t'es ritche d'yèsse
lé! (COMPOST BINDE, Lépû) [pour quand].
Il existe une tendance à prononcer on en condr.: Djon
(Jean). En chestr., il existe un son intermédiaire, noté ån:
djåndu (touché). Il existe une tendance à la dénasalisation en
EW, et surtout à l'est de ce domaine (malm.): djâbe (jambe). Ces variantes
phonétiques sont notées telles quelles en transc. Feller.
Voir an.
Voir å et ô.
Exemples: bén (bien), aboird (abord).
Prononciation: comme en français. En position finale, voir
Assourdissement des consonnes en finale, p.
.
Voir k et s.
Exemple: chal (ici).
Prononciation: comme en français.
Le son
est relativement rare en wallon, sauf comme réalisation de
xh, sch et sh .
En dehors de ce cas, il provient d'emprunts au français (chôcolåt), de
formes picardes (muchî (entrer; cacher) face à
moussî (entrer; habiller)) ou de cas d'assimilation de
, sporadiquement en EW et OW, de type: (transcr.
Feller) cial (arch.) > chal (ici); assiète > achète
(assiette), atincion > atinchon (attention), pourcia
> pourcha (cochon), etc. (voir la section consacrée aux assimilations,
p.
)
On constate actuellement une tendance très nette (au moins en CW, SW
et OW) à remplacer certains
(quelle que soit leur origine)
par des tch.
Ex. lit.:
- OW: Vint côps lès losses l'avît disployi: al douwane,
ôzès gardes du trin èy' asteûre, divant ç'tila qu' lès atôtcheut.
(J.-L. FAUCONNIER, Scrîre, p. 76) [la forme originelle est
atôchî] -- Sins rén ratinde, dji
m' èva / Catchî z-après l' ducace (A. GAUDITIAUBOIS, Èvoye Blues,
sur le CD compilation Emacralaedje) [La forme originelle
est cachî]
- EW: I rimpliha sès potche di tchôcolat (...).
(MITTEI, Zanzan, p. 30) [pour chôcolat]
- CW: Lès pourcias, c' n'èst nin dès bièsses rèssèréyes dins
dès gayoles po l's ècrautchî au pus rade. (Chwès, Libramont,
p. 49) [La forme originelle est ècrauchî
Exemples: dint (dent), wårder (garder).
Prononciation: comme en français. En position finale, voir
Assourdissement des consonnes en finale, p.
.
Exemples: djin (personne), rodji (rougir).
Prononciation: comme dans les mots d'origine anglaise John, jazz, jeans.
En position finale, voir Assourdissement des consonnes en finale,
p.
.
Remarque: le groupe
+ voyelle est souvent prononcé comme
un
: diâle > djâle (diable). Ce trait phonétique
est parfois noté. Voir la section consacrée aux assimilations
(p.
).
Exemples: efant (enfant), aredje (rage), biesse
(bête), les (les), pierdant (perdant).
Prononciation: pratiquement toujours è (
). D'un point de vue
phonologique, noter systématiquement l'accent grave est
pratiquement inutile, puisque la prononciation est régulière. Ne pas le noter allège considérablement
l'aspect visuel de l'orthographe wallonne. Dans les formes de références, une
exception est faite pour les morphèmes des épithètes féminines plurielles
antéposées (p.
) et
de la 3e pers. du plur. de l'indicatif présent (p.
), voire
pour les mots outils èt et eyèt (et), dont la prononciation
diffère du mot français équivalent.
Transcr. Feller: selon la prononciation, donc èfant; arèdje; bièsse ou
biêsse (chestr., Lesse), lès, pièrdant .
Remarques:
a) Une section particulière revient sur les signes diacritiques, notamment sur le e .
b) En plus des prononciations notées ci-dessus, dans certains mots et
certaines régions, le e interne peut ne pas se prononcer: dji
serè est réalisé dji sèrè ou dji srè; c' est
pezant est réalisé pèzant ou pzant
(Centre); ledjîr est réalisé lèdjîr ou
ldjîr (ESM); il a metou est réalisé il a mètu, mètou
ou mtu (carol.); il a semé est réalisé il a sèmè,
sèmé ou smè; mezeure peut se réaliser mzeure;
boledjî est prononcé bolèdjî ou boldjî.
c) Dans certains emprunts récents au français, il peut exister une hésitation
entre la prononciation é (
] et è
(
): velo (vélo), telefone (téléphone),
culturel (culturel).
NB: Dans ce dernier cas, la forme wallonne originelle est -é, comme dans té
(tel), åté (autel), ké (quel).
d) En transcr. phonétique Feller, il arrive que la lettre «e» soit utilisée
pour «eu». Ex. lit.:
- EW: (...) (èco bin qu'i n'aveût nou streût réglemint po
çoula!) (...) (Djåzans, Osté 2000, p. 5)
- OW: Dj'aî vèyu passè dins l' viladje lès
premêrès-autos. (J. FIEVEZ, Bièmeréye, p. 7-8)
C'est surtout le cas dans les emprunts qui s'écrivent normalement
régleumint (règlement), meunu (menu), breuton
(breton), etc. Dans certains cas, des formes wallonnisées existent
concurremment, p. ex. réglumint.
e) Devant r
, le e (
) a
tendance a subir diverses évolutions phonétiques: fermeture en lg. (transcr.
Feller: espwér, espoir); nasalisation dans la région de Saint-Hubert
(transcr. Feller: Sint-Ubinrt, Saint-Hubert); ouverture, allongement,
etc.
Voir aussi a, ai et in (è nasal). Voir aussi
p.
pour l'alternance è
a, de type braes (brès
bras) (bras),
glaece (glèce
glace ) (glace), etc.
Exemples: gade (chèvre), blame
(flamme).
Ce e n'est jamais prononcé, même dans la poésie.
En orthographe rénovée, on trouve ce e «muet» uniquement
en fin de mot: rôze (rose), gade (chèvre).
Dans certaines variantes des transc. phonétiques Feller, on le trouve aussi:
- Dans les mots, par analogie avec le français: li
cmincemint (le commencement), bièssemint (bêtement);
- Dans les mots, à la jointure de certains morphèmes:
boketer (être en rut, en parlant d'une chèvre), nos
vikerans (nous vivrons).
Dans les formes de références, il n'est utilisé qu'en position finale.
On écrira donc: rôze, gade, li cminçmint, biesmint, bocter,
nos vicrans, etc.
Exemples: pés (pis), viké (vécu).
Prononciation: comme en français.
Par analogie avec le français, certaines formes verbales à l'infinitif
et à la 2e personne du pluriel sont écrites avec -er et
-ez: viker (vivre), rider (glisser), djåzer
(parler)... vos vikez (vous vivez), vos ridez (vous
glissez), vos djåzez (vous parlez)...
Dans certains dialectes, notamment le sud-nam. et le SW, les é
finals des autres dialectes sont systématiquement des è:
costè (côté), il a-st-arivè (il est arrivé), etc.
C'est aussi le cas de certains morphèmes verbaux du carol.: vos
arivèz (vous arrivez), il a arivè (il est arrivé; mais
ariver, arriver); voir, dans la section consacrée à la
conjugaison, l'inf. (p.
) l'ind. pr. (p.
)
et le part. pas. (p.
).
En ancien wallon, le son é (
) était très souvent écrit
ei. Ex.:
- 1521:«Item a copeit ung borsea de fannemen sor lesqueils
n'at rin payt.» (Toponymie et documents lexicaux de Lorcé,
L. Remacle) [N.B.: borsea: élément d'un train de bois
flotté; fannemen: une espèce de bois.]
Voir aussi è, ê et én.
Voir i et u.
-->
Exemples: bea (beau), novea (nouveau)
Prononciation: ia (
) à Charleroi et Namur, ê ou
é (
ou
) à Liège et en Ardenne
Transcr. phonétique Feller: ia ou ê (parfois é ),
selon la prononciation: bia, bê; novia, novê.
Le suffixe descendant du latin
-ellus est noté -ea en orthographe rénovée, comme dans certains
systèmes d'écriture anciens. Voir p.
. Ex.
anciens:
- 1521:«Item a copeit ung borsea de fannemen sor lesqueils
n'at rin payt.» (Toponymie et documents lexicaux de Lorcé,
L. Remacle) [N.B.: borsea: élément d'un train de bois
flotté; fannemen: une espèce de bois. - 1610: «Le
montant ou postea» (Expressions tautologiques dans l'ancien
wallon, E. Renard) - 1775: fawea (petit hêtre)
(Documents lexicaux extraits des archives scabinales de Roanne
(La Gleize) 1492-1794, L. Remacle).
La graphie ea est encore présente dans quelques noms de
personnes wallons, p. ex.:
- Donea (Petit Daniel), Lotea (Petit Lothaire),
Sarolea (nom d'origine, hameau de Sårôlê, a Argenteau), etc.
Quelques exemples de mots écrits avec ea dans l'orthographe
rénovée:
- novea (novia
novê) (nouveau), bea
(bia
bê) (beau), mantea (mantê
mantia), vea (veau) (vê
via),
cokea (cokê
cokia), tchapea
(tchapê
tchapê), etc.
Voir an. Ce digraphe est utilisé pour an dans certaines
associations d'écrivains, par analogie avec le français.
Exemples: bén (bien), rén (rien), tchén (chien).
Variantes et transcr. phonétique Feller:
- carol., verv., brab.: son
(é nasal)
écrit én: bén, rén, tchén.
- nam., liég., ESM, etc.: son
écrit
in: bin, rin, tchin.
- carol.: son
écrit é: bé, ré, tché.
- Centre, niv.: son
(i nasal) écrit
în ou î-n ou în: bî-n,
rî-n, tchî-n.
- hesb.: ègn (bègn).
Remarques:
a) Dans les régions où existe le phonème én (
), le
groupe des mots contenant ce son peut être plus ou moins large (p. ex.
l'indicatif imparfait pluriel de types -éns ne recouvre pas
toute la région où existe le son én; voir p.
).
b) Le chestr. est le seul dialecte à ne pas avoir une voyelle nasale
dans certains de ces mots. Les mots équivalents ont souvent iè:
biè pour bén .
Le son
peut être plus ou moins dénasalisé, dans
les régions où il est connu. Il se confond alors avec un é
: (transcr. Feller) bé, tché, ré.
Forme de référence: dans cette grammaire, nous utiliserons
systématiquement
la graphie én pour tous ces mots. Voir cartes p.
.2.2
Exemples: leup (loup), feume (femme), dj' esteu
(j'étais), leune (lune).
Prononciation:
a) La graphie normalisée eu se prononce pratiquement
toujours eû
(comme dans le français des
bœufs ) en EW et SW.
b) En OW et CW, la réalisation est eu
(comme dans le français un bœuf ) dans les
mots feu (feu), djeu (jeu), leup (loup) ou le
morphème verbal de l'indic. imparf.: dj esteu (j'étais) ; par contre,
elle est eû
devant r et dans les cas où le
eu précédait un r qui a disparu: eure (heure),
leu (leur), måleur (malheur), coleur (couleur),
tchesseu (chasseur), colebeu (colèbeû) (colombophile); enfin,
en nam. uniquement, elle peut se prononcer brève dans le suffixe
-eure: costeure (coûture), posteure (statue),
mezeure (mesure), etc., alors qu'elle est longue dans le morphème
verbal de l'indic. imp. sing.: dj' esteuve (j'étais).
c) Les mots de type leune (lune), comeune (commune),
eune (une, pron.), fôrteune (fortune), utilisés en EW,
contiennent d'anciens u centralisés.
d) Le mot feume, prononcé avec un
en lg., nam. et
carol. et nulle part avec un
est une sorte d'anomalie. En
Ardenne, on trouve une forme fème.
Remarque: ce phonème n'est pas l'équivalent long de
. Seuls
certains rares parlers du SW ont une opposition de longueur entre
et
.
Voir aussi un (
).
Exemples: åjhey (facile), industreye (industrie)
Prononciation: èy (
) ou êy (
)
en EW et à Bastogne; généralement îy (
) ailleurs;
î (
) en chestr. et Lesse.
Transcr. phonétique Feller: selon la prononciation, donc: aujîy, åhèy,
åhî, ôjî, auji, etc.; industrèye, -êye, industrîye, -îe.
Remarque: cette graphie ne se trouve, en général que dans le suffixe
-eye ; à part dans åjhey, elle correspond au français
-ie.
Exemples: feume (femme), Afrike (Afrique),
filozofe (philosophe).
Prononciation: comme en français.
Ce son
ne s'écrit jamais ph: foto (photo),
afe (aphte)...
Exemples: gade (chèvre), gueuye (gueule).
Prononciation et utilisation: comme en français. On écrit gu
devant e et i: gueuye (gueule), guîye
(quille)... En position finale, voir Assourdissement des
consonnes en finale, p.
.
En général, le g n'est pas utilisé pour écrire un
,
sauf chez quelques écrivains attachés à l'analogie avec le français.
Par exemple, le mot ancien djindåme a été remplacé par un
emprunt au français qui est normalement écrit jandâme; mais on
trouvera aussi gendâ(r)me (et jendâ(r)me).
Exemples: fignesse (fenêtre), pogn (poing).
Prononciation: comme en français.
Dans certaines variantes du système de transcr. Feller, on écrit parfois
ni selon l'analogie avec le français: fènièsse.
Formes de références: le son
sera noté
gn. Exception: le son
sera écrit ny quand le
suffixe verbal -yî ou le suffixe nominal -yin suit un
radical terminé par n: comunyî (communier), Iranyin
(Iranien).
Dans de rares mots, une séquence «g + n» doit se prononcer
et
non
. On peut alors placer une apostrophe entre les deux
lettres: dag'ner (1. recouvrir de graisse noire; 2. appliquer
une matière épaisse et visqueuse; 3. souiller, salir en collant - mot
attesté au moins en bast. et brab.); i bag'nut (ils
déménagent). Une autre solution courante, dans certaines variantes du système de
transcr. Feller, est d'écrire daguener, i baguenut.
zéro
Exemples: hoye (charbon), havet (crochet), cahute
(cahute).
Prononciation: en EW, comme en anglais
; non prononcé ailleurs
mais peut empêcher la formation d'un hiatus: li hoye ou
li houye (et non
ºl' oye; cf. en français
les haricots).
Normalement, dans le système de transcr. Feller, on n'écrit le h que s'il
est prononcé, donc uniquement en EW. Dans certains dictionnaires, on trouve par
exemple: ouye; avèt; ca-ute ou ca.ute.
Pourtant, dans le CW et le SW, le
est également présent,
quoique rarement noté (du moins en CW), puisqu'il empêche les
liaisons: dès havèts et non
ºdès-avèts. Il
est également présent dans une partie de OW (ESM, voir ex.
ci-dessous). Dans le reste de OW, le h initial semble avoir
disparu: dès-avèts. Ex. lit.:
- CW: I n'a aurdè qu'one pitite makète èt l' grètwè;
d'astchèyance qu'on l'aureut co ukè po maketè aus pîres. (A.
LALOUX, Lès Soçons, p. 16) [dans ce contexte, en CW, on devrait
normalement avoir cor si ukè commençait par une
voyelle. Le souvenir du h maintient la forme co] -
C'èst dins lès âdes qui dj' su l' pus minâbe, a-t-i tûzè. (A.
LALOUX, Lès Soçons, p. 18) [et non lès-âdes] - Ène
miète pa-drî, li sèrdjant sapeûr qui pwate li massûwe, èpwis
sès sapeûrs avou leû atche. (J. FIEVEZ, Bièmeréye, p. 29) [et
non leû-z-atche]
- OW: (...) l'osti s'apèle li awia (...). (L. POLLEN,
DW, t. 16, 1988, p. 47) [et non l'awia] - C'ét in
p'tit vilâdje, in ametia. (. J. SPINOSA-MATHOT, Contes, p. 5)
[et non èn-ametia] - Et come is-ariveneut al cinse,
i uke in dômèstique qui kèrtcheut l'ancène (...). (E.-J.
PIRET, Extraits, p. 64) [et non il uke] - Arthur BALLE,
dans sa Contribution au dictionnaire du parler de Cerfontaine
(Liège 1963), distingue les mots commençant par un
h empêchant la liaison.
Dans les régions où le
n'est pas ou plus prononcé, entre deux
voyelles, il peut être remplacé, dans la prononciation, par une
semi-consonne: cahute >
cayute (cabane); ahan > awan (automne); couhatchî >
couwatchî (hacher menu); sohêtî > sowêtî (souhaiter).
Formes de référence: dans cette grammaire, le h est utilisé tel
quel quand il existe dans toute la Wallonie (soit il se prononce, soit
il empêche l'hiatus, soit il est remplacé par y ou w):
on houyeu, ene cahute, on havet.
Les h étymologiques écrits en
français (histoire, homme, théâtre, etc.) ne le sont jamais
en wallon: istwere, ome, teyåte, etc.
Exemples: mi (moi), pitit (petit), li (le, la).
Prononciation: comme en français, mais presque toujours plus relâché
(
).
Le brab. et le bouill. prononcent le
(et le
) de
manière très relâchée, ce qui est noté ë (më,
pëtët, lë) dans les transcriptions phonétiques du système Feller.
La nuance intermédiaire (nam., hesb.) est notée ì dans l'ALW:
mì (moi), pìtìt (petit). Voir cartes
p.
.
Voir aussi î; i nasal, sous én; y.
Exemples: mî (mieux), vî (vieux), pîd (pied),
candjî (changer).
Prononciation: i long.
Le son i long est souvent bref dans des aires dialectales plus
ou moins étendues, par exemple en brab.: pid, vi, candji.
Phonologiquement, tous les dialectes n'opposent pas de manière aussi
marquée le /i/ et le /
/. Il existe par exemple quelques
paires minimales en nam.: soris
sorît (souris,
sourit); li
lî (lui, lu, du v. lire). Elles semblent
plus rares en liég., par ex.: mi
mî (moi, mieux). En
carol., le i long est la marque de l'infinitif alors que le
i bref est la marque du part. passé dans certains verbes:
candjî (changer) mais candji (changé). voir, dans la
section consacrée à la conjugaison, l'inf. (p.
) l'ind.
pr. (p.
) et le part. pas. (p.
).
Exemples: rinde (rendre), dj' aprind (j'apprends).
Prononciation: comme en français.
Ce son ne s'écrit jamais «ein», «ain», etc.: mwin ou min
(main).
Remarques:
a) inne
et inme
.
Exemples: tchinne (chêne, chaîne), crinme (crème).
Prononciation: d'abord in puis n ou m, comme en
français régional, dans les mots équivalents.
Variantes: parfois, surtout parmi les écrivains namurois, on écrit
tchin.ne, crin.me, pour bien montrer la prononciation.
b) Le son in
peut être plus ou
moins dénasalisé sporadiquement. Il existe p. ex. une tendance à la
dénasalisation à l'est de EW: rinde > rêde. En malm., il
n'y a pas du tout de nasalisation devant une consonne nasale:
créme (crème), tchéne (chêne).
Formes de référence: les formes nasalisées, beaucoup plus fréquentes,
seront utilisées devant une consonne nasale et notées sans point:
tchinne, rinne, crinme, chîhinme, etc.
Voir én.
Exemples: jate (tasse), eponje (éponge), Beljike
(Belgique).
Prononciation: comme en français. En position finale, voir
Assourdissement des consonnes en finale, p.
.
Ce son est rare en wallon, sauf comme variante de jh (allophone du
). En dehors de ce cas, il provient souvent d'un emprunt au
français ou d'une assimilation de
(voir
p.
).
On constate une tendance très nette chez les néolocuteurs (au moins en
CW, SW et OW) à remplacer certains
(qu'ils soient
empruntés au français ou variante de jh par des dj:
scrijâdje > scrîdjâdje ; plêji >
plêdji ; jate > djate. Le même phénomène
existe pour la transformation du ch (emprunté ou allophone de
) en tch. Ex. lit.:
- OW: Scrîdjâdjes dès Bourdoneûs (4e de
couverture de la revue El Bourdon, p. ex. n
º
480, 11/1995) [la forme normale serait scrîjâdje].
- CW: (nam.): Frimé est leu seule relidjon. (COMPOST
BINDE, Un con trop loin) [pour rèlijion].
-->
Exemples: prîjhon (prison), nos djhans (nous disons).
Prononciation: h
en EW; j
en CW, SW
et OW.
Quelques mots courants:
- prîjhon (prîhon
prîjon) (prison),
måjhon (mâhon
maujon
mâjon + autres
formes) (maison), åjhey (åhèy
åhî
âjî
aujî + autres formes) (facile), nåjhi (nåhi
nauji
nâji) (fatigué), vijhén (vijin
vihin) (voisin), tchimîjhe (tchimîje
tchimîhe)
(chemise), coujhene (coujène
couhène
cûjène) (cuisine), plaijhant (plêhant
plêjant)
(agréable), oujhê (oûhê
oujê) (oiseau),
batijhî (batihî
batijî) (baptiser), dîjh
(dîh
dîj) (dix), shîjh (chîh
chîj) (six) + autres formes); formes dérivées des verbes en -îre, -ûre,
-aire: dîre (dire)
-->
nos djhans (nos
dhans
nos djans) (nous disons); taire (taire)
-->
i s' taijhèt (i s' têhèt
i
s' têjèt) (ils se taisent); distrûre (détruire)
-->
vos distrûjhoz (vos distrûhoz
vos
distrûjoz)... (vous détruisez), etc.
Dans certains cas, l'EW (soit le liég. proprement dit, soit l'EW en
général) a perdu ce h: gléhe > èglîse (église), alors
que le j subsiste dans tous les autres dialectes:
èglîje. De même èle fihèt > èle fèt (elles font)
alors que le SW conserve èle fijèt; scrîheû > scriyeû
(écrivain)
scrîjeû (CW, OW, SW).
Les formes de références utilisées dans cette grammaire sont les
formes avec
h, notées jh .2.3
Exemples:
crole (boucle), cwand (quand), viker (vivre),
ki (que), stoumak (estomac), cwè (quoi),
cwiter (quitter), cok (coq).
Prononciation: comme en français.
Dans les formes de références de cette grammaire, le q n'est pas
utilisé: on écrit c devant a, o, u et les consonnes et
k devant i et e.
Le q est utilisé en général par analogie avec des mots
français: qwate ou quate (quatre), quiter
ou qwiter (quitter), musique (musique). Ce principe est
toujours resté flou et l'ensemble de mots écrits avec un q est très
variable selon les régions et les auteurs. La Commission de Normalisation de la
Langue de l'UCW [#!ucw1992!#] conseille de ne s'en servir que dans les mots
grammaticaux: quî (qui), qui (que), qwand (quand),
qué (quel), qwè (quoi), qwantes (combien) et leurs
dérivés: saquî (quelqu'un), etc.
Exemples: loyî (lier), éle (aile)
Prononciation: comme en français, mais voir remarque à r,
ci-dessous.
Exemples: mwin (main), åme (âme).
Prononciation: comme en français.
Exemples: nawe (fainéant), anoyî (attristé).
Prononciation: comme en français.
Exemples: posse (poste), clokî (clocher),
soris (souris).
Prononciation: comme dans le français «donne», «sol» (pas comme dans
«eau», «sot»...).
Voir p.
pour l'alternance o
ou, dans les mots de type soris (souris), tot
(tout), etc. Voir aussi ô et on.
-->
-->
Exemples: rôze (rose), ôte (autre), ôr
(or).
Prononciation: comme dans le français «eau».
Il existe des réalisations phonétiques plus ou moins nasalisées
notées rônze (brab.), rônze (Saint-Hubert) ou
röze (chestr.); il existe aussi des réalisations phonétiques
plus fermées (
) tendant vers roûze
(sporadiquement en nam.; noté tel quel par l'écrivain J. Guillaume;
noté par un accent plat dans certains ouvrages de l'écrivain É.
Gilliard): rōze.
Certains emprunts récents au français sont généralement notés avec un
ô (ôto, ôtomatike, comunôté, burô, etc.) alors
que les équivalents français ont un (e)au.
Certains écrivains ont parfois utilisé la graphie au par
analogie avec le français, p. ex. aute (autre).
Dans les régions où la lettre ô est prononcée
(on) ou
(oû),
on trouve des graphies comme abauminâbe (abominable)
pour bien marquer l'absence de nasalisation ou de fermeture,
p. ex. dans Hostin1975 ou Leonard.
Dans les régions où l'opposition phonologique entre å et
ô n'existe pas, c.-à-d. surtout en OW, ô sert à écrire
le son
dans tous les cas: lôrd (lard), djôzer
(parler), môjon (maison), etc. En CW, l'opposition
n'existe pas partout. Néanmoins, traditionnellement, le premier de ces
sons est écrit au (équivalent à å en EW et â en
SW) alors que le deuxième (phonème
dans toute la
Wallonie) est écrit ô, même dans les régions où ces deux
phonèmes sont réalisés de manière identique: laurd, djauzer,
maujone.
Voir ô.
Exemples: toet (toit), doet (doigt), moes (mois), poere (poire), boere (boire),
stoele (étoile)
Prononciation: eû (
) (comme dans le français «mieux»)
en EW et certaines régions du SW; wè (
) à Namur et
Charleroi; eu (
) (comme dans le français «œf») en
Entre-Sambre-et-Meuse, en Ardenne, en sud-nam. et ailleurs; è
(
) en Ardenne; oû dans le Centre; wa en
chestr., etc.
Transcr. phonétique Feller: selon la prononciation, donc: teût, teut,
tèt, twèt, toût, twat; deût, deut, dèt, dwèt, doût, dwat; meûs, mwès; peûre,
pwêre, pwère, pwâre; beûre, bwêre, bwère, bwâre; steûle, stwèle, stwale...
Remarque: cette graphie est empruntée aux écrivains du 19e s. Elle permet de
rendre compte des monophtongues proprement wallonnes comme des diphtongues
apparentées au français. Une autre manière de procéder,
proposée par la Commission de Normalisation de la Langue de l'UCW, est de ne pas
choisir une graphie unifiante, mais de choisir des formes de référence
différentes selon les cas.
ou
Exemples: boird (bord), moirt (mort), moite
(moirte), ripoizer (reposer)
Prononciation: wa (
) ou wâ (
)
en CW, SW (sauf chestr.), malm. et ouest de l'OW; wè (
),
wê (
) ou wé (
) en EW (sauf
malm.), ôr, ô ou oû, oûr en OW et
chestr.
Transcr. phonétique Feller: selon la prononciation, donc: bwârd,
bward, bwérd, bwêrd, bwèrd, bôrd, boûrd; mwârt, mwart, mwért, mwêrt, mwèrt,
môrt, moûrt; mwate, mwète, mô(r)te, moû(r)te, etc.
Exemples: djondou (touché), son (son).
Prononciation: comme en français. Toutefois, il existe une tendance
générale à la dénasalisation en verv. et malm.
(djôdu). Certaines régions (Thiérache, chestr.)
prononcent un son intermédiaire tendant vers an (
),
parfois noté djandu (Thiérache) ou djåndu (chestr.)
(voir an). Enfin, en verv. et malm., il existe une tendance à
la vélarisation (bon prononcé
) qui est
toutefois rarement notée.
Remarque: onne
. Exemples: djonne
(jeune), vonne (veine). Prononciation: d'abord on
puis n
.
Certains auteurs, surtout namurois, écrivent djon.ne, von.ne,
pour éviter toute ambiguïté. Cette graphie n'est pas utilisée dans les
formes de références.
Exemples: mousse! (entre!), atouwer (tutoyer).
Prononciation: comme en français.
Voir aussi u et p.
pour
l'alternance u
ou dans les mots de type touwer
(tuer), couhène (cuisine), etc.
Exemples: Moûze (la Meuse), noû (neuf).
Prononciation: comme un ou, mais long.
Voir aussi u.
Exemples: pîre (pierre), aprinde (apprendre).
Prononciation: comme en français.
Voir k.
Exemples: råyî (arracher), arester (arrêter),
boird (bord).
Prononciation: comme en français. La prononciation ancienne était un
vibrant apical (c.-à-d. roulé) proche du son
,
ce qui explique certaines hésitations comme berike
belike
(lunettes) ou prandjîre
plandjîre (sieste),
cérebrå
célebrå (cérébral. Ex. lit. OW:
C'è-st-ène fîve célèbrâle! (E.-J. PIRET, Extraits, p. 66)),
adré
adlé (près de), etc. Cette
prononciation est encore relativement courante chez les locuteurs âgés
ou ayant le wallon comme langue maternelle. La prononciation la plus
fréquente actuellement est la même qu'en français, soit
.
Rem.: dans les syllabes fermées de type voy. + r, la voyelle a
tendance à s'allonger et à subir des changements de timbre variés
suivant les régions. Ces modifications subsistent dans de nombreuses
voyelles devenues finales suite à une chute généralisée des r
finaux en wallon. Ces r ont le plus systématiquement disparu
en OW et CW, alors que les régions plus conservatrices du CW et de
l'est de l'EW ont plus souvent gardé ce r final: tchèsseû
tchèsseûr (chasseur), djoû
djoûr (jour),
cû
cûr (cuir), toû
toûr (tour),
tchå
tchår (viande), etc.
Exemples: çoula (cela), sûner (suinter), dissu
(dessus), atincion (attention).
Prononciation et utilisation: comme en français.
Pour ss, voir Consonnes doubles, p.
.
-->
-->
-->
Exemples: scheure (secouer), dischinde + autres
formes (descendre), schåle (échelle), schirer (déchirer),
schaper (sauver), scheter (casser).
Prononciations: h
en EW; ch
en CW et
SW, parfois OW. En OW et parfois ailleurs, les mots de cette série ont une séquence
sk
: skeûre, diskinde
dèskinde, iscôle,
ascouter, scaper, skirer, skèter, etc.
2.4
Dans le système de transcription phonétique Feller, la graphie hy est
uniquement utilisée en malm. pour noter la prononciation constrictive palatale
de ce phonème: dihyinde, hyâle.
Les mots de cette série sont assez rares, les principaux étant cités
ici. Ce son ne se trouve pratiquement qu'à l'initiale, sauf si un
préfixe s'ajoute à la racine du mot: kischeure (secouer
violemment), dischirer (déchirer), rischaper (sauver de
nouveau), etc.
En wallon ancien, les mots de cette série étaient souvent écrits avec
xh (p. ex. xhure, xhale, etc.). Le graphème sch est
proposé ici pour faciliter la reconnaissance de la prononciation
de l'OW.
On trouve cette variable à l'initiale de certains mots: shûre
(suivre), shîjhe (veillée), shîjh (six). La réalisation est
ch
en OW, CW et certaines régions du SW; elle est
s
dans l'EW et le reste du SW. La transcr. phonétique
est sûre, sîze, sîh dans le second cas et chûre, chîje, chîj
dans le premier.
Exemples: tins (temps), atrape (attrape).
Prononciation: comme en français.
La lettre t ne sert jamais à écrire un son
:
atincion (attention).
Exemples: tchant (chant), raetchî (cracher).
Prononciation: comme dans l'anglais «chop» ou le français «tchèque».
Remarque: le groupe
+ voyelle est souvent prononcé comme un
: tièsse > tchèsse (tête). Ce trait phonétique est
parfois noté. Voir la section consacrée aux assimilations
(p.
).
-->
Exemples: pus (plus).
Prononciation: comme en français. Toutefois, de même que
pour le
, le brab. et le bouill. prononcent «eu»
(
), de manière très relâchée, ce qui est noté ë
(pës, mètë, kë). Les nuances intermédiaires,
prononcées
sont très fréquentes (nam., hesb., Lesse). Elles
sont notées ù dans l'ALW: pùs (plus), mètù
(mis). En lg., les finales -une sont devenues -eune, comme
dans leune (lune), comeune (commune), fôrteune
(fortune).
Voir aussi û.
Exemples: hût (huit), cût (cuit), nûleye
(nuage).
Prononciation: comme un u, mais long et tendu.
Opposition avec
: cu
cût (cul, cuit), yute
yût' (outre, huit), etc.
Exemples: brun (brun), djun (juin),
comun (commun).
Prononciation: comme en français.
Ce son est encore plus rare qu'en français. Il n'apparaît pratiquement
que dans ces trois mots (et comun est un gallicisme récent pour
comon).
Exemple: vint (vent).
Prononciation: comme en français. En position finale, voir
Assourdissement des consonnes en finale, p.
.
Exemples: walon (wallon), want (gant), hawer
(aboyer).
Prononciation: comme en français dans «watt».
Dans les dialectes ou
n'est pas prononcé (c.-à-d. est
réalisé par zéro), une semi-consonne peut le remplacer en position
intervocalique: ahan >
awan (cabane), cohoudri > si cowoudri (se secouer en tous
sens), cohossî > cowossî (cahoter), brouheû(r) >
brouweû (brume). Voir h.
Exemples: taxi (taxi), paradoxe
(paradoxe).
Prononciation: toujours
, jamais
.
Remarque: cette lettre n'est normalement pas utilisée dans le système
de transcription Feller. On écrit: tacsi, paradocse, mais
ègzamin (examen), deûs (deux), Brussèle
(Bruxelles), selon la prononciation. Toutefois, certains auteurs
utilisent le x dans les mots internationaux comme
taxi, voire, beaucoup plus rarement, quand la prononciation
est
(èxamin).
En orthographe normalisée, on écrira: egzamin (examen),
deus (deux), Brussele (Bruxelles). Toutefois, le
x est utilisé dans xh et, en général, dans les mots
où il est prononcé
.
-->
Exemples: pexhon (poisson), ouxh (porte),
finixhans (finissons).
Prononciation: h
en EW; ch
en CW, OW,
SW. 2.5
Quelques mots courants écrits avec xh en orthographe normalisée:
- pexhon (pèchon
pèhon) (poisson),
baxhî (bachî
bahî) (baisser), bouxhî
(bouchî
bouhî) (frapper), moxhe (mohe
moche
mouche) (mouche), ouxh (ouh
uch
ouch) (porte), ronxhe (ronhe
ronche) (ronce), cwaxhî (cwachî
cwahî)
(blesser), pixhî (pihî
pichî) (pisser),
coxhe (cohe
coche
couche) (branche),
laxhe (lache
lahe) (laisse), etc.; formes dérivées
des verbes en -i: i finixhèt (i finichèt
i finihèt) (ils finissent); mode subjonctif: i fåt
qu' vos vnoxhe (vnohe
vnoche) + autres formes (il faut que
vous veniez)...
Exemples: aweye (aiguille), yebe (herbe), tiesse
(tête).
Prononciation: comme en français
Remarque: Le son
s'écrit i après une consonne, sauf si
un autre i suivrait: ancyin (ancien).
Dans les transcr. Feller, on écrit y
ou i au début des mots (ce qui est rare): yèbe ou
ièbe (herbe), yute ou iute (outre). La deuxième
graphie est plutôt utilisée par les auteurs namurois et l'autre
ailleurs.
En wallon, y ne représente jamais la voyelle
;
on écrit: on mistére (un mystère), dj' î va (j'y
vais)... (voir i).
Dans les dialectes ou
n'est pas prononcé (c.-à.-d. se réalise
par zéro), une semi-consonne peut le remplacer en position
intervocalique: cahute >
cayute (cabane). Voir h1.
L'ancien l dit «mouillé» est passé
à
à des rythmes différents selon les dialectes;
le
est le plus fréquent à l'ouest et le
à l'est:
d' alieûr
d' ayeûr (d'ailleurs);
miliård
miyârd (milliard); liârds
yârds (argent),
etc.
Exemples: zûner (bourdonner), cåzer, djåzer, dvizer
(parler), raezer (raser).
Prononciation: comme en français. En position finale, voir
Assourdissement des consonnes en finale, p.
.
En orthographe normalisée,
s'écrit toujours z. Dans les
transcriptions phonétiques Feller, l'usage varie selon les auteurs.
Certains écrivent un s simple entre deux
voyelles par analogie avec le français: causer ou
câser, raser ou rèser.
Le système de variables présenté ci-dessus n'est probablement pas définitif. Il
se veut une synthèse des travaux menés par la Commission Langue de l'UCW et des
travaux diffusés notamment par Lucyin Mahin (réf.). Certains points pourraient
encore évoluer.
Ainsi, d'autres graphèmes ont été proposés pour couvrir d'autres variables,
p. ex.:
- poenne pour pwinne
ponne;
- u pour u
ou, comme dans u (ou), bû
(bœuf), etc.
A l'inverse, des simplifications du système sont posibles: ainsi, on pourrait
légitimement avancer que le graphème jh est phonologiquement inutile;
il serait possible de simplifier le système en le remplaçant par h: dès
lors, tout h interne représenterait cette variable réalisée soit
h, soit j selon les dialectes. Toutefois, visuellement, les
personnes prononçant j s'y retrouveraient probablement moins bien.
Un autre axe de simplification possible est de
privilégier certaines formes dialectales de manière à supprimer un graphème du
système. Il serait alors possible de supprimer le oe en écrivant
eu, représentant une évolution plus proprement wallonne que
wè. De même, on pourrait supprimer le graphème sh et écrire
s, qui représente une évolution souvent majoritaire et témoignant d'une
évolution plus régulière. Le graphème sch pourrait lui aussi être
supprimé si l'on écrit xheure (secouer), xhåle (échelle),
comme anciennement -- en négligeant ainsi la réalisation sk, plus
picarde que wallonne, il est vrai. Enfin, le «nouveau» graphème oi
pourrait être supprimé au profit de wae (p. ex. fwaert,
fwaece), qui s'insère régulièrement dans le système pour représenter les
variantes fwart
fwért mais représente moins bien les variantes
fôrt
foûrt, moins typiques du wallon.
L'orthographe normalisée s'en trouverait assez considérablement simplifiée:
par rapport au système de transcription Feller, il n'y aurait plus que quatre
graphèmes nouveaux (ae, ea, ey, xh) au lieu de neuf (les
mêmes et jh, sch, sh, oe, oi). Il faut entendre «nouveau» par
rapport au système de transcription Feller, non par rapport aux systèmes
graphiques wallons utilisés pendants les siècles précédents.
Dans certains cas, il s'agirait d'une simplification «réelle», en ce sens que,
pour beaucoup de locuteurs, le nombre de cas où un son identique serait écrit de
plusieurs manières se trouverait réduit; dans d'autres cas, la simplification
diminuerait simplement l'effort d'adaptation initial pour les personnes
utilisant déjà l'une des variantes du système de transcription Feller.
Mais cela se ferait au prix d'une moins bonne représentativité des différentes
variantes dialectales. Au-delà du problème de la simplicité technique, il
s'agit quasiment d'un choix de société...
D'un point de vue purement graphique, il est également possible
d'envisager de noter un accent grave redondant sur le e dans certains
cas (p. ex. en syllabe ouverte: èfant, tèlèfone mais pierdant,
biesse, les). Enfin, l'utilisation de k et c pour q
n'est pas nécessaire à strictement parler dans l'orthographe normalisée du
wallon.
Lorint HENDSCHEL
2001-08-04